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La lauze, pierre de couverture des toits de montagne

La lauze est une pierre plate, plus épaisse que l’ardoise, posée en rangs serrés pour couvrir les toits. Nous expliquons comment le lauzier la taille et la pose, ce qui la distingue de l’ardoise et ce qui la fait vieillir, d’après les documents des services du patrimoine.

Rédigé par Clémence Aubriot · mis à jour le

Toit couvert de lauzes de schiste grises posées en rangs décroissants, faîtage en lauzes croisées

Réponse courte

La lauze est une pierre plate de schiste, de calcaire, de gneiss ou de phonolite utilisée en couverture. Plus épaisse et plus lourde que l’ardoise, elle exige une charpente solide ou une voûte. Les rangs se recouvrent largement, avec des pierres de taille décroissante de l’égout jusqu’au faîtage.

Ce qu’est une lauze

La lauze est une pierre plate de couverture. Sa nature dépend de la carrière la plus proche : calcaire ou grès dans le centre et l’ouest de la France, granite, schiste ou gneiss dans les régions de montagne et dans l’est, phonolite dans certains massifs volcaniques. Dans plusieurs régions, on parle de « laves », sans lien avec les volcans.

La différence avec l’ardoise tient à l’épaisseur. La page de la Bibliothèque nationale de France consacrée à la lauze le résume : l’ardoise se débite en feuilles très fines, la lauze reste plus épaisse et plus lourde, ce qui exige des charpentes particulièrement solides. Pour la lauze calcaire, le conseil d’architecture de Midi-Pyrénées cite des formats de 20 à 60 cm, avec une épaisseur de 3 à 6 cm environ. Pour comparer avec la tuile, voyez aussi combien de tuiles au m² demande un pan.

La lauze de schiste sur charpente

Sur charpente, les lauzes reposent sur une douelle, un plancher de planches jointives posé sur les chevrons. Elles étaient autrefois fixées par une cheville enfoncée dans ce bois ; elles sont aujourd’hui le plus souvent clouées. Le couvreur les trie d’abord par longueur utile, puis les reprend au marteau pour les ajuster sur le toit.

L’exposition du service de l’architecture et du patrimoine de la Lozère donne la règle de recouvrement : les rangées se recouvrent sur les deux tiers de la surface, et seul le tiers visible, le pureau de la couverture, reçoit la pluie. Les lauzes sont posées à joints serrés et à dimensions décroissantes, des plus grandes à l’égout jusqu’aux plus petites près du faîtage.

La lauze calcaire posée sur voûte

Sur les plateaux calcaires, de nombreux bâtiments anciens n’ont pas de charpente : les lauzes reposent directement sur une voûte de pierre. Elles sont posées en tas de charge, c’est-à-dire calées les unes sur les autres et tenues par leur poids et leur fort recouvrement. Un lit d’éclats de pierre, le cailloutis, couvre la voûte et empêche les lauzes de glisser.

La même exposition précise que la pente de ces toits, fixée par la courbure de la voûte, se situe entre 40 et 60 % et ne doit pas être trop prononcée. Pour les pentes les plus faibles, le recouvrement passe des deux tiers aux trois quarts de la pierre. Le conseil d’architecture ajoute que la pente est d’autant plus forte que les lauzes disponibles sont petites.

Égout, faîtage et points sensibles

En bas du pan, de grandes dalles appelées gouttiers protègent les murs : elles sont scellées sur l’arase avec un débord qui rejette l’eau loin de la façade, ou posées sur un coyau qui adoucit la pente de l’égout. Au sommet, deux solutions dominent. Le faîtage à lauzes croisées, ou lignolet, imbrique les lauzes du dernier rang de chaque pan grâce à des encoches de 5 à 8 cm. Le faîtage à plat couche de grandes lauzes sur un bain de mortier, légèrement inclinées du côté des vents dominants.

Les noues sont souvent « tournantes » : la couverture s’arrondit dans l’angle rentrant, avec des lauzes recoupées à la demande. Contre un mur ou une cheminée, des solins en dévers renvoient l’eau vers la toiture.

Durée, vieillissement et réemploi

Un article de la Fédération française du bâtiment parle d’une durabilité d’environ un siècle pour une couverture en lauze bien posée. Le poids des pierres aide aussi la toiture à résister à l’arrachement par le vent. La Bibliothèque nationale de France ajoute une nuance : ces toits résistent au feu et aux intempéries, mais protègent mal du froid.

Les principales causes de vieillissement tiennent à la pierre elle-même, plus ou moins poreuse et gélive, c’est-à-dire sensible au gel. L’exposition de la Lozère rapporte des sinistres dus à l’importation de lauzes calcaires gélives inadaptées. Lors d’une réfection, le couvreur conserve les lauzes saines et les mélange aux neuves. Mousses, feuilles et lichens se retirent quand ils freinent l’écoulement de l’eau.

Un savoir-faire à transmettre

Le métier s’apprend surtout sur les chantiers. Un document du Parc national des Cévennes explique que, faute de méthodes formalisées, la profession risque de perdre des connaissances transmises de génération en génération, d’où un projet de certificat de qualification professionnelle de lauzier. Pour une maison couverte en lauze, cherchez un couvreur qui en a déjà posé : la taille et le calage ne s’improvisent pas.

À surveiller depuis le sol

  • Une lauze déplacée, fendue ou manquante qui laisse voir le rang inférieur.
  • Des mousses épaisses ou des feuilles accumulées qui freinent l’écoulement de l’eau.
  • Un solin fissuré au pied d’une cheminée ou contre un mur.
  • Depuis les combles, une déformation des chevrons ou des traces d’eau sur la douelle.

Comment ça se passe

  1. Le couvreur dépose l’ancienne couverture et met de côté les lauzes en bon état.

  2. Il trie et calibre les lauzes par longueur utile, des plus grandes aux plus petites.

  3. Il pose les gouttiers à l’égout, scellés avec un débord qui éloigne l’eau du mur.

  4. Il monte les rangs à dimensions décroissantes, en retaillant chaque pierre si besoin.

  5. Il ferme le faîtage par des lauzes croisées ou à plat, puis traite les solins et les noues.

Les mots du couvreur

Tas de charge
Pose où les pierres sont calées les unes sur les autres et tenues par leur propre poids, sans fixation.
Gouttier
Grande lauze posée en bas de pente, en débord, pour projeter l’eau loin du mur.
Lignolet
Faîtage où les pièces du dernier rang d’un pan dépassent et s’imbriquent avec celles de l’autre pan.
Gélive
Se dit d’une pierre qui se fend ou s’effrite sous l’effet du gel.

Quand passer la main

Pour remplacer des lauzes ou refaire une couverture, adressez-vous à un couvreur lauzier, ou à un maçon habitué à la lauze calcaire sur voûte. Le poids de la pierre impose de faire vérifier la charpente par un charpentier avant tout changement de matériau. Dans un secteur protégé, la mairie et l’architecte des Bâtiments de France fixent souvent le matériau. Le risque de chute sur un toit en pierre est réel : n’y montez pas vous-même.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l’ardoise et la lauze ?
Les deux sont des pierres plates, mais l’ardoise se débite en feuilles très fines alors que la lauze reste épaisse. Elle pèse donc bien plus lourd et demande une charpente solide ou une voûte.
Qu’est-ce que la lauze ?
Une pierre plate de schiste, de calcaire, de gneiss ou de phonolite, clivée ou taillée, qui sert à couvrir les toits. Son nom et sa nature changent selon les régions et les carrières.
Qu’est-ce qu’une toiture en lauze ?
Une couverture faite de lauzes posées en rangs qui se recouvrent largement, de la plus grande à l’égout à la plus petite au faîtage. Elle repose sur une charpente renforcée ou, pour la lauze calcaire, directement sur une voûte de pierre.

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